Nous sommes en janvier 1936, à Paris, rue de Bucarest, dans le Ville arrondissement, où se trouve alors le siège central du Parti Franciste, la «Maison bleue ». Son chef, Marcel Bucard, reçoit José Antonio Primo de Rivera, qui tient à lui remettre son propre insigne de chef de la Phalange espagnole, les cinq flèches et le joug marqué des initiales JONS.

En échange le fondateur du francisme lui offrira son emblème personnel de boutonnière, à l’image de celui qu’arboraient les militants à chemise bleu-ciel, c’est-à-dire la réunion d’un épi de blé, d’une roue dentée, surmonté d’une francisque symbolisant l’union du paysan, de l’ouvrier et du soldat. Rencontre inconnue ou mal connue attestée par un écho signé par la direction de l’hebdomadaire Le Franciste, en septembre 1936, intitulé « hommage émouvant », qui est illustré par la reproduction l’insigne de de la Phalange remis quelques mois auparavant par José Antonio, et dont le texte dit notamment : «Nous sommes, hélas sans nouvelles sur le sort qui lui est réservé (..). À nouveau, sous lui adressons à lui, à ses compagnons, à ses amis (..) l’hommage ému de notre affection et de notre admiration. Nous saluons leurs grands morts, tombés en martyrs au service de leur foi ».

Il convient d’indiquer que la création du francisme est du 29 septembre 1933, que celle de la Phalange est du 29 octobre 1933, soit exactement un mois d’écart, alors que l’année de leur rencontre, en son début, sera suivie de la mise hors la loi de la Phalange en Espagne, au mois de mars, et de celle du Parti Franciste en France, au mois de juin. Ce mois de juin verra le transfert de José Antonio de la prison de Madrid à celle d’Alicante.

L’inspiration fasciste de ces deux mouvements est incontestable et même revendiquée par eux particulièrement, hormis parfois pour des problèmes d’opportunité psychologique ou juridique.

Ce fascisme-là associant le social et le national, conciliant l’État et la religion, alliant la politique et l’esthétique, rassemblera une jeunesse ardente, d’accord pour répudier la loi du nombre, le règne de l’argent, l’idéologie du progrès.

C’était une conception sociale hiérarchique, favorable à l’enracinement et à l’unanimité, hostile à la subversion et à l’inversion. Elle visait à établir dans les différents pays d’Europe une forme de gouvernement sans précédent, bien qu’étant au fond l’expression renouvelée d’un pouvoir temporel chrétien non clérical.

A priori, le style de vie préconisé requérait de la part de ses adeptes, francistes en France et phalangistes en Espagne, un grand dévouement, une parfaite probité, une indiscutable compétence, en plus d’un ardent patriotisme national et un souci constant d’équité sociale.

La profonde originalité de José Antonio, vis-à-vis des différents mouvements européens de même inspiration et de leurs dirigeants de l’entre-deux guerres, c’est le mélange d’extrême rigueur doctrinal et de poésie, qui caractérise sa pensée et son action, lui assurant une survivance, car la poésie est peut-être plus accessible que le raisonnement systématique, lequel ne peut se suffire à lui-même, provoquant l’apostrophe de Maurice Barrès dans une correspondance à Charles Maurras : «Je crains que vous ne formiez de durs petits esprits ».

Il faut de la splendeur à la vérité, des hauts lieux symboliques, des points de ferveur, un certain lyrisme, même parfois un «pessimisme enthousiaste» selon la formule phalangiste, qui déroge certes de la mise en équation des programmes et autres catalogues des partis de droite comme de gauche, ou autres cercles « intellos ».

Lorsque José Antonio parlait au Théâtre de la Comédie, à Madrid, pour la fondation de la Phalange, d’un «mouvement poétique », ce n’était pas un effet de style oratoire. Il tenait à ce que le mouvement répondît à certains critères esthétiques, répudiant tout penchant pour l’abstraction. José Antonio avait une profonde antipathie pour ceux des hommes politiques qui, ne comprenant que les chiffres, jamais ne comprennent un poème.

Par ses écrits, ses discours, par les exemples qu’il a donnés dans sa vie privée et publique, il a réussi à magnifier la politique en mystique. Et cette mystique, qui est de la poésie en action, a auréolé ses disciples et pérennisé ses idées.

José Antonio est le chantre de la jeunesse de l’Europe, de l’Europe qui, pour lui et pour nous, n’est pas seulement un continent, mais une civilisation commune, constituée et portée par des nations historiques, chacune étant une unité de destin particulier dans l’universel.

Chantre par extension signifie poète, ainsi le chantre d’Achille, c’est Homère.

Il n’est question aujourd’hui que du réchauffement de la planète alors que par la domination des chiffres sur les lettres c’est plutôt de la glacification de l’humanité qu’on a tout à craindre.

José Antonio, fusillé le 20 novembre 1936, n’est pas mort. La preuve, c’est qu’à l’évocation de son nom, il est répondu « Présent ! ». Certes, enterré sommairement après sa mise à mort, il fut inhumé dans un mausolée à Alicante, puis, après la translation solennelle de ses cendres de la côte méditerranéenne au monastère-nécropole des souverains d’Espagne, à l’Escurial, aux environs de Madrid. Il trouva enfin sa sépulture définitive au pied du maître-autel de la basilique de la Vallée de los Caïdos, en 1959, lors de l’inauguration de cette œuvre souterraine grandiose qui exigea l’extraction de quatre cents millions de mètres cubes de rocher et dont la partie extérieure est dominée par une croix gigantesque de cent-cinquante mètres de hauteur.

L’hymne de la phalange : Cara al sol (Face au soleil)

« La Baleine qui rie» était un café littéraire situé dans le sous-sol du café de Lyon, rue d’Alcala, en face de la porte monumentale, à Madrid.

À partir du moment où José Antonio fréquente le lieu, il devient le conservatoire académique de la Phalange, s’activant très tard dans la nuit.

« Et l’hymne ? » s’écriait José Antonio toutes les nuits qu’il se rendait à « La Baleine qui rie ».

Quand avons-nous un hymne ? Il en rêvait chaque heure du jour. Et il expliquait à ses camarades réunis le soir : « Ce doit être une chanson d’amour et de guerre. Le phalangiste dit adieu en pleine clarté, à la femme qu’il aime, il s’en va avec la chemise bleue quelle lui a brodée pour le combat. Il pense à la mort gaiement, car le phalangiste ne meurt jamais ; car le phalangiste tombé reparaît à la place d’honneur, qui est au ciel pour les braves. Là-haut il montera sa garde, auprès de ceux qui sont tombés comme lui, ou qui tomberont encore, et il assistera, extatique, au glorieux labeur des siens. Il part pour la guerre et porte dans son âme la plus sûre des prophéties : le retour des couleurs victorieuses dans le printemps splendide qu’attend notre terre espagnole, qu’attendent le vent et la mer (…). S’il revient, les cinq flèches rouges de sa poitrine auront fleuri en cinq roses pour son aimée : la rose de la Foi, la rose du Sacrifice, la rose de la Vaillance, la ose de la Paix et la rose de l’Espagne. Il faut que ce soit une chanson de guerre et d’amour, notre chanson. Mais aussi une ballade le l’adieu, après lequel les uns reviendront et les autres présenteront les armes au mystère ».

C’est exactement l’hymne qui fut réalisé. Sans connaître précisément l’auteur.

La musique est attribuée à Juan Telleria, les paroles entre autres Augustin de Foxa, José Maria Alfaro, Jacinto Miquelarena, mais l’âme de la chanson, la mélodie et la poésie sont de José Antonio, avec pour titre Cara al Sol: « Face au soleil ».

Le soleil, symbole de la vie, de la chaleur, du jour, de la lumière, de l’autorité et de tout ce qui rayonne.

Phébus était pour les Latins le surnom d’Apollon, dieu soleil. Dans les textes celtiques, le soleil sert à caractériser tout ce qui est beau, aimable, splendide.

Pour l’Écriture sainte : « le soleil de justice », c’est Dieu et plus particulièrement Jésus-Christ.

Lors de la période contemporaine, son adaptation stylisée, appliquée au domaine politique porte le nom de croix celtique.

Les paroles du Cara al sol évoquent et mettent en mémoire celles du chant de l’amour et de la mort du cornette Christophe Rilke, qui combattit les Turcs envahisseurs de l’Europe au XVIIe siècle, et pour qui son descendant Rainer Maria Rilke écrivit, au début du XXe siècle, un récit où il lui fait dire : «Ma bonne mère, soyez fière, je porte le drapeau. Aimez-moi bien, je porte le drapeau… ».

À noter également, dans le même registre, les paroles du poème Le cœur du Hialmar, de Leconte de Lisle, narration de la mort d’un jeune guerrier scandinave des temps anciens, demandant à un oiseau sacré de percer sa poitrine, d’y prendre son cœur pour le porter à sa fiancée :

«Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.

J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups mon sang vermeil.

Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,

Je vais m’asseoir parmi les dieux, dans le soleil ! »

L’on voit la concordance de la pensée josé-antonienne avec des exemples pris dans la poésie héroïque européenne.

Cara al sol est né en décembre 1935, peu de temps avant les événements décisifs au cours desquels il connut une notoriété fulgurante et bienfaisante dans le camp nationaliste.

Maintenant, je tiens à révéler un fait peu connu du cheminement de la quête de poésie de la mystique josé-antonienne en Europe.

Moins d’une dizaine d’années après l’apparition du Cara al sol, à la suite de la Seconde guerre mondiale, deux mille jeunes nationalistes français étaient concentrés comme prisonniers politiques au camp du Struthof, en Alsace, près de Strasbourg.

J’étais l’un d’entre eux. Affamés et transis, sans nouvelles de l’extérieur, presque sans possibilités de lecture, certains trouvèrent une échappatoire, qu’ils communiquèrent aux autres, dans l’évocation de la guerre d’Espagne, en rappelant que Robert Brasillach avait justement écrit dans les Sept couleurs : « Les hommes de ce temps auront trouvé en Espagne le lieu de toutes les audaces, de toutes les grandeurs et de toutes les espérances ». Sur l’air du Cara al sol, ils avaient imaginé des paroles en langue française, auxquelles ils donnèrent le titre de Chanson de José Antonio, hymne de la jeunesse européenne, dont je vous livre la conclusion à l’occasion de ce centenaire du chantre de la jeunesse européenne : «En avant, compagnons d’infortune, la Patrie par nous restera Une. Le drapeau que nous servons, sortira de son oubli, et quand le printemps refleurira, il flottera épanoui ».

Pierre Sidos

I-Grande-14464-presence-de-jose-antonio-1903-2013.net

Tiré du livre « Présence de José-Antonio 1903-2013 », édité par Synthèse Nationale. Avec la participation entre autre de Jérôme Bourbon (Rivarol), d’Olivier Grimaldi (Cercle Franco-Hispanique) et de Jean-Claude Valla (écrivain)…

Via laflamme