Discours prononcé par Pierre Sidos lors du sixième Conseil national du Parti Nationaliste Français le 24 mai 1998 :

Après l’intervention précédente sur le sujet « l’identité française dans l’Europe », me conformant au thème fixé par les organisateurs de cette rencontre, je suis invité à vous parler de « la personnalité française dans l’Europe ».

Décliner une identité c’est dire: qui est qui? Définir une personnalité, c’est plus précisément répondre à la question: qui est quoi? En ce cas il faut bien indiquer qu’il y a la nécessité de répudier la technique dite de « flou artistique », selon la formule attribuée au photographe Hamilton, le spécialiste d’images académiques féminines imprécises évoluant avec grâce dans une vague nature champêtre . Cela n’a rien à voir par définition avec des options politiques majeures qui exigent une netteté, une véracité sans la moindre équivoque, sinon il y a la volonté de tromper son monde. Ainsi, l’histoire de France est celle de la réalisation d’un État national constitué dans l’universalité du genre humain, comme un résumé sans analogie du génie européen, au cours de l’histoire incomparable de la famille capétienne incarnant la pérennité d’un destin commun à tous les éléments du peuple de France, afin de parvenir à l’aboutissement d’un grand dessein territorial pratiquement achevé et d’oeuvrer à l’accomplissement d’un haut idéal intellectuel et moral toujours à poursuivre. Et alors que le peuple de France est de par sa constitution historique, de souche européenne occidentale, de tradition chrétienne catholique, d’éducation artistique et littéraire gréco-latine, il doit faire face maintenant à une angoissante immigration étrangère dans ses cités, associée à une formidable invasion cosmopolite de ses moeurs. Une réaction de légitime défense nationale apparaît comme indispensable, car une France dépossédée, défigurée, dénaturée, ce n’est plus la France. Pour survivre les Français doivent retrouver le sens irrévocable de leur nationalité. Le peuple de France est composé de Français, dont l’origine est fondé sur de strictes exigences physiques publiques bien définies. Ce qui, à l’encontre de nouvelles normes récentes inspirées des multiples déclarations idéologiques des « droits de l’homme », indique qu’un Français naturel ne peut-être physiquement qu’indo-européen, politiquement gallo-romain, intellectuellement gréco-latin. L’imposition de la théorie d’une France plurielle, par conséquent à la fois pluri-éthnique, multiculturelle, interconfessionnelle, peuplée de Français plus ou moins reniés et de plus en plus de passagers étrangers en transit prolongé, provoque de notre part un rejet total. Son acceptation par adhésion ou calcul relève d’un manque de réalisme coupable. Cela s’exprime à notre époque par la formule « La France pour tous » de Jacques Chirac et Lionel Jospin, mais aussi par celle « des Français de toutes les couleurs » de Jean-Marie Le Pen du Front national et de Pierre Pujo de l’Action française. Pour nous, de l’Œuvre française, notre attachement aux réalités et vertus nationales traditionnelles se nomme le nationalisme et ses partisans les nationalistes, considérant que la sauvegarde du patrimoine ancestral, spirituel et physique, est la priorité des priorités.

*
* *

Le 6 février 1959, il y a une quarantaine d’années, à l’occasion du congrès constitutif du Parti nationaliste, qui fut dissous quatre jours après par le gouvernement gaulliste d’alors, j’affirmais : « L’Europe n’est ni un continent, ni un marché, ni un parlement. C’est une race d’hommes qui ont édifié ensemble une civilisation et doivent s’unir pour la défendre. » C’était tout d’abord, avant l’énoncé d’un refus d’une Europe mercantile et politicienne, l’expression du constat que depuis les grandes découvertes de la fin du XVème siècle par les navigateurs ibériques, Christophe Colomb qui découvre l’Amérique en 1492 et Vasco de Gama qui pose le pied en Inde en 1498, l’Europe n’est déjà plus seulement en Europe __ comme Rome en son temps n’était plus uniquement dans Rome __ mais était partout où les Européens étaient : colonies militaires et civiles, missions religieuses chrétiennes, compagnies maritimes et commerciales. Cela pendant quatre siècles, jusqu’en 1905 au moment où des non-Européens, les Japonais, infligèrent en Extrême-Orient, la défaite de Port-Arthur aux Européens russes. Le déclin du règne européen universel s’accentuant avec les deux grands conflits de la première moitié du XXème siècle, et s’achevant symboliquement en 1955 à la conférence afro-asiatique de Bandung, puis pratiquement avec la perte de l’Algérie française en 1962 et la liquidation des provinces portugaises d’outre-mer en 1975.

Cette situation contemporaine nouvelle, qui marque la fin d’une certaine centralité européenne, est à prendre évidemment en compte. Mais d’un point de vue nationaliste, on doit considérer que le génie des Européens en général, sur tous les continents, s’identifie à des facultés créatrices exceptionnelles dans tous les domaines, plutôt qu’au travers des manifestations d’impérialismes territoriaux ou idéologiques en concurrence entre eux chez les autres.

Il est essentiel de se soumettre à l’évidence que la bonne mesure de la personnalité française, comme de toute nationalité bien établie, ne se restreint plus à l’espace qu’occupent les habitants d’une seule grande zone géographique, cela étant valable d’une certaine manière pour une Europe aux limites territoriales controversée d’ailleurs. L’évaluation judicieuse de ce phénomène réside dans la formule du fondateur de la « Phalange espagnole » José-Antonio Primo de Rivera (1903-1936) : « la nation est une unité de destin dans l’universel ». En effet, l’univers c’est l’ensemble des choses existantes et l’emploi du mot universel est préférable à ceux d’humanité, d’international, de mondial, de planétaire, qui sont marqué par l’imprécision
voulue du vocabulaire d’usage courant.

*
* *

Considérant qu’il est vital de bien connaître la genèse des mots-clés dans le champ du vocabulaire social et politique, il faut savoir ou apprendre qu’à l’origine « Europe » est le nom d’une princesse phénicienne, soit d’une région de l’Asie antique sur la Méditerranée, que Zeus le dieu principal de la mythologie grecque enleva, en prenant la forme d’un taureau blanc, pour la séduire. Puis vers le VIIème siècle avant l’ère chrétienne le terme d’« Europe » désigne une contrée variable selon les auteurs. Pour Homère, c’est la Grèce centrale, par opposition à l’ensemble de la presqu’île du sud du pays. Pour Aristote, au contraire, il désigne les pays froids, ceux très au nord. Il est probable que les Grecs avaient hérité de cette expression des Assyriens, habitants d’un royaume de Mésopotamie, région d’Asie entre le Tigre et l’Euphrate, qui autour de l’an 1.000 avant J-C. distinguaient le pays du Levant, l’Asu, et celui du Couchant, l’Ereb. Jusqu’au début du Moyen-Âge, vers la moitié du Vème siècle, le terme d’« Europe » est mentionné par des géographes, mais peu usité.  Dans son sens politique, il apparaît pour la première fois au VIIème siècle avec la conquête arabo-musulmane, car à l’initiative de la Papauté se crée une solidarité « européenne », qui se développe en Gaule franque, en Espagne et en Italie. L’armée de Charles Martel, qui combat les Sarrazins à Poitiers en 732 et au-delà, est dite celle des « Européens ». Le mot n’étant définitivement consacré que lorsque Charlemagne est couronné empereur d’Occident par le pape en l’an 800 et qu’on appelle « chef vénérable de l’Europe ».

Durant tout le temps qui suivra, la France historique apparaîtra comme la plus européenne des nations d’Europe, le Français étant le plus européen des Européens. De nom germanique, de parler latin, du fond de l’être celte, de rigueur intellectuelle et artistique grecque ancienne, la France de par sa situation géographique est le cas unique d’un pays d’Europe occidentale accédant à la mer du Nord , à l’océan Atlantique, à la Méditerranée, et dont les provinces frontalières sont susceptibles de servir d’intermédiaires par leur langue et leur peuplement avec ses voisins.

L’opposition du terme d’« Europe » à la personnalité française, la négation même de celle-ci, au profit d’une quelconque idéologie européiste où chacun met ce qu’il veut, n’est pas défendable. Ce qu’il faut défendre c’est la nation, la sienne d’abord et puis aussi toutes les nations historiques de souche européenne de l’univers, à la fois contre la dissolution intérieure et l’invasion par l’extérieur. C’est la condition sine qua non pour envisager une renaissance européenne, laquelle se doit d’être nullement incompatible avec l’obligation de respecter les cultures particulières aux différents peuples non-européens d’origine, et la volonté de collaborer avec chacun d’entre eux pour la satisfaction réciproque de besoins divers.

De tous les faits politiques, c’est encore le fait national qui est le plus têtu. C’est pourquoi l’emploi du mot « Europe » est sujet à critique, alors que l’européisme, avec sa construction communautaire imposée, son fédéralisme envisagé, son eurorégionalisme imaginé, est au choix soit de l’abstraction, de la rêverie ou de la tromperie ; lorsque cela ne chavire pas dans l’ésotérisme ou dans le paganisme, avec les noyades consécutives à des dérives néo-droitistes postérieures à la seconde guerre mondiale et au lendemain de la perte de l’Algérie, sans vouloir citer les noms des acteurs et de leurs inspirateurs.

*
* *

Aujourd’hui, le maître-mot de NATIONALISME doit redevenir une appellation d’origine contrôlée (A.O.C.), comme pour les bons vins, non frelatés. Car il ne peut y avoir de nationalisme qui ne soit pas national et encore moins de nationalisme qui serait antinational. Un nationaliste est avant tout national. Il doit être exactement un national-nationaliste. En France, très clairement un nationaliste-bio… (logique) et un nationaliste-Franc (par rapport à la monnaie).

La personnalité française à préserver, en fait à retrouver, c’est la reconnaissance du primat des arts et lettres sur les techniques, avec ensemble le respect de la croyance en Dieu et dans les valeurs transcendantales, qui font qu’il y a des raisons de vivre qui doivent être considérées comme plus importantes que les conditions de vie. C’est ce qu’exprime, depuis des siècles dans la pierre, le sourire immuablement figé de l’ange du portail de la cathédrale de Reims.

L’histoire humaine étant celle de la lutte des peuples, en notant bien cependant l’intervention de fortes individualités, la nécessaire survivance de la civilisation spirituelle européenne commune implique une réaffirmation de la personnalité nationale française, ainsi que de toutes les autres personnalités nationales à l’unisson. Marchons vers l’avenir, en étant fidèle au passé. Il n’existe que cette voie de salut. Les paroles d’un chant d’espérance de la jeunesse française, à l’époque de la révolution nationale inspirée par le maréchal Pétain, disaient bien : « Nous sommes frères, peuples de l’Europe, et l’avenir nous appartient ». Puisse-t-il en être ainsi demain, et dans les siècles à venir, au-delà du XXIème siècle, dont nous formons le voeu fervent qu’il soit celui des nations et de leur coopération universelle.

Leur « EUROPE »

Edmond de ROTHSCHILD, dans la revue « Entreprise », du 18 juillet 1970 :
« …une Europe politique fédérale où chaque individu s’identifiera à une province, que ce soit le Wurtemberg ou la Savoie, la Bretagne, l’Alsace-Lorraine ou le pays Wallon. Dans ces conditions la structure qui doit disparaître, le verrou qui doit sauter, c’est la nation. »

Daniel COHN-BENDIT, dans le journal « Le Monde », du 9 décembre 1975 :
« L’Europe pour moi, cela veut dire avant tout la liberté de circulation des idées, pour faire exploser les structures nationales et les vieux schémas. »

Bernard-Henri LÉVY, dans le quotidien « France-Soir », du 24 avril 1979 :
« Je crois que les prochaines élections européennes ont un enjeu décisif. Bravo à tout ce qui peut contribuer à casser les mythologies réactionnaires de l’État-nation, du nationalisme cocardier, de la France du terroir, des binious et des folklores.« 

03 - L'utopie Européiste (mai 1998)