Exposé fait par Pierre SIDOS, le 14 janvier 2001, à Lyon :

Les réalités contemporaines sont toutes dominées par le triomphe universel de la négation du principe d’un pouvoir personnalisé, unique et visible, incarnation de vérités premières permanentes et intangibles, qui était à la base du gouvernement de toutes les sociétés humaines, de la plus petite à la plus grande.

Aujourd’hui, seule l’observation lucide d’une situation sans précédent, sans comparaison possible, car jamais vue dans l’histoire, doit orienter notre réflexion et notre action. Sinon, il n’est à envisager aucune perspective, ni à espérer tirer profit d’aucune occasion favorable.

Il faut partir du constat que nous sommes arrivés au point d’aboutissement d’une entreprise occulte qui, de façon diabolique, durant les deux derniers siècles _ « le stupide 19ème siècle » et l’impie 20ème siècle _ par la diffusion de théories antinaturelles a fini, en ayant même recours à la force y compris guerrière, par mettre à bas l’édifice social multi-séculaire, ne laissant subsister sous les décombres qu’un conglomérat d’individus anesthésiés, réduits à la condition de consommateurs exploités ou assistés, vivant sous l’emprise d’un système général cosmopolite et subversif, qui implique l’abdication ou la délégitimisation de toute autorité voulant être encore indépendante des nouveaux pouvoirs oppressifs dominant désormais le monde, dans l’ordre d’importance: le pouvoir scientifique et technologique, le pouvoir financier et économique, le pouvoir culturel et médiatique, le pouvoir publicitaire et commercial.

Les méfaits provoqués par un tel système sont évidents: le délabrement spirituel, la corruption généralisée, la dégénérescence de la justice, la perversion des moeurs, l’uniformisation de la pensée, la démission de l’intelligence, la complaisance vis-à-vis de la délinquance et de la criminalité, l’imposition du métissage mental et corporel. En résumé, la soumission au désordre par l’inversion de toutes les valeurs civilisatrices.

Il est vain d’évoquer à l’encontre de la grande implosion de notre société, de cette apocalypse de notre temps, le recours à des remèdes miracles, tels qu’espoirs électoraux, illusions dynastiques, rêveries séparatistes, ou encore actions terroristes et autres coups militaires. En réalité, la seule voie restant ouverte est celle de la réanimation de la conscience nationale. Au seuil de cette année, que notre principal souci soit donc le rétablissement moral, physique et politique de la société française. Que notre action commune persiste à bien établir les bases historiques réelles des idées nationalistes et de structurer davantage celles-ci sur le plan intellectuel, afin qu’il soit dit, que par le seul fait d’exister L’Œuvre française, maintenant constituée en institution, est tout simplement un véritable bonheur.

Dans l’ouvrage « Scènes et doctrines du nationalisme », paru en 1901, Maurice Barrès propose pour définir le nationalisme, de chercher son principe et sa direction, en commençant par comprendre les causes de notre affaiblissement: « Notre mal profond c’est d’être divisés, troublés par mille volontés particulières, par mille imaginations individuelles. Nous sommes émiettés, nous n’avons pas une connaissance commune de notre but, de nos ressources, de notre centre » (…) «A défaut d’une unité morale, d’une définition commune de la France, nous avons des mots contradictoires, des drapeaux divers sous lesquels des hommes avides d’influence peuvent assembler une clientèle. Ces divers groupes conçoivent chacun à sa manière la loi interne du développement de ce pays. Le nationalisme, c’est de résoudre chaque question par rapport à la France. Mais comment faire si nous n’avons pas de la France une définition et une idée communes ? » (…) « Répudions d’abord les systèmes philosophiques et les partis qu’ils engendrent. Rattachons tous nos efforts, non à une vue de notre esprit mais à une réalité. » (…) « Chacun fait son histoire de France. Laissons ces romans » (…) « La logique, les distinguos des raisonneurs perpétueraient les difficultés que la force des choses se charge d’anéantir. Les gens à système sont puérils et malsains; ils s’obstinent à maudire ce qui ne plaît pas à leur imagination. Nulle conception de la France ne peut prévaloir, dans nos décisions, contre la France de chair et d’os. » (…) « Il faut restituer à notre nation une unité morale, créer enfin ce qui lui manque depuis un siècle: une conscience nationale. »

Cela rappelé, il convient comme toujours de bien s’entendre sur le sens des mots. La conscience individuelle, c’est pour un être humain le sentiment d’avoir à justifier de son existence par la pratique des vertus morales, primant la seule satisfaction des besoins matériels: l’honneur doit passer avant les honneurs. La conscience collective, c’est pour un groupe humain le respect de l’ensemble des règles sociales, lui permettant d’être et de durer: la fidélité doit passer avant les facilités. La conscience nationale, c’est précisément pour une nation et ses nationaux la reconnaissance honnête des éléments physiques et spirituels fondamentaux d’une constitution historique propre, qui oblige chacun à une conduite humaine digne: la nation doit passer avant les factions. D’une manière générale, l’observation des impératifs de la conscience est une nécessité absolue pour parvenir à la cohésion, qui est l’union intime des parties d’un être, d’un ensemble; puis à la cohérence, qui est la convenance logique des idées entre elles, des faits entre eux, afin de pouvoir vivre en communion avec l’ordonnancement du monde. Ordre ou désordre, là est toujours la question en tout état de cause.

La réponse nationaliste, à la question posée dans l’actualité, tient en un rappel constant à l’ordre naturel et surnaturel des choses, hors duquel il ne peut y avoir de perspectives nationalistes. Pour nous, Français avant tout, pas européistes, ni républicanistes ou royalisants, il doit être bien évident que l’agitation électoraliste ou la gesticulation activiste n’aboutissent à aucune ouverture sur l’avenir, car on ne fait pas de l’ordre avec du désordre.

Pour nous, nationalistes conscients et organisés, la seule solution possible débute par participer à la réanimation de la conscience nationale en nous, entre nous, autour de nous, selon un plan établi d’élévation des âmes, de conquête des esprits, de coordination des volontés, dans la discrétion et l’efficacité.

Prenons des exemples dans le passé de réanimation de la conscience nationale. Au terme d’un violent conflit interne quasicentenaire, nous avons eu Jeanne d’Arc et Charles VII. Après quarante ans de guerre de religions et de contestations aristocratiques, nous avons eu Henri IV, Richelieu et Louis XIII, puis le « Grand Siècle » de Louis XIV. Pour en finir avec les dix ans de convulsions révolutionnaires, nous avons eu le grand Consulat de Napoléon Bonaparte. Au-delà de l’affaire Dreyfus (1894 – 1908), occasion saisie par ses partisans pour attenter à l’institution militaire et à la religion chrétienne, aboutissant à diviser le pays en deux camps, nous avons eu l’ « Union sacrée » pendant la durée de la guerre 1914 – 1918. Au lendemain immédiat de l’écroulement général de 1940, nous avons eu « la divine surprise » de l’arrivée légale au pouvoir du maréchal Pétain, dont l’action salvatrice à tous égards a été contrecarrée par l’invasion de l’Afrique du Nord, alors bien-française, par l’armée américaine et sa conséquence directe, l’envahissement de la partie importante du territoire national jusqu’alors non occupée par l’armée allemande. Pendant la période d’insurrection contre le maintien de la souveraineté française en Algérie, nous avons eu durant les années 1956, 57, 58, 59, un véritable réveil de la conscience nationale étouffé ensuite par la ruse et la violence d’une politique d’abandon, vilenie ayant provoquée un légitime soulèvement militaire et la lutte de l’Organisation armée secrète. L’Œuvre française trouve là des exemples, où la conscience nationale a été réanimée pour le bien de la France et des Français. Ce sont des références historiques véridiques qui font que, quiconque ne s’accorde pas avec elles, n’est pas apte à s’engager résolument dans la bonne voie.

Parmi les exemples inverses, indiquons le rôle néfaste d’un Léon Gambetta, à la suite des revers du début de la guerre francoprussienne en 1870, n’hésitant devant aucune exagération, prenant la tête d’opérations politiques et militaires d’avance condamnées avec les graves conséquences pour l’intégrité territoriale de la France et l’unité morale de son peuple. Plus près de nous dans le temps, nous avons les effets désastreux d’une dissidence, dont De Gaulle fut l’instigateur en juin 1940. Le mythe gaulliste est à l’origine de la désagrégation de l’institution militaire et de l’annihilation de la
conscience nationale. De Gaulle indique dans ses « Mémoires » avoir voulu, en 1944, supprimer l’Académie française, et en 1961 il envisagea très sérieusement de dissoudre toute la Légion étrangère française. Mille autres faits confirment que l’imposture gaulliste a perpétué sous ses divers avatars, les profonds déchirements nationaux qu’elle avait engendrés.

Il y a donc en 2001 exactement cent ans que Maurice Barrès, qui s’était présenté à la députation à Nancy comme « socialiste nationaliste », insistait sur l’obligation d’une conscience nationale vivante, procédant d’une définition commune de la France, et non d’une certaine idée de la France que chacun pourrait s’en faire.

La conscience nationale signifiant également l’unité morale, il intégrait dans les doctrines nationalistes la nécessité du respect de la croyance en Dieu, des hautes valeurs spirituelles, des traditions appartenant à la nation française. Or, les renégats du nationalisme accentuent leur reniement politique, par la négation de tout ce qui constitue l’héritage de la chrétienté.

Rappelons à leur intention particulière que le 31 janvier 1933, quand il s’adresse par radio à tout le peuple allemand, le nouveau chancelier d’alors parle de « la chrétienté qui est la base de toute notre morale », reprenant somme toute les sentiments déjà exprimés par Charlemagne et Napoléon.

Encore, au cours d’importantes déclarations faites par l’actuel président de la Russie, dans le salon d’honneur du palais du Kremlin, à deux envoyés spéciaux du journal « Le Figaro », et reproduites dans le numéro du 26 octobre 2000 de ce quotidien, Vladimir Poutine affirme: « Pour ma part je suis fier d’appartenir à l’église orthodoxe russe. Cela m’enrichit, cela crée un lien personnel avec mon peuple et sa culture. Ma foi me donne une morale et le calme intérieur. »

Enfin, lors de propos tenus dans son entretien accordé à des journalistes de nationalité française, rapportés par l’hebdomadaire suisse « Dimanche.ch, » daté du 1er janvier 2001, le chef spirituel des Tibétains, le Dalaï-lama, se prononce: « …contre la « mode » du bouddhisme ». « De plus » dit-il, « je crois que les Français, qui sont de culture et d’atavisme chrétiens, doivent rester chrétiens. Il vaut mieux vous en tenir à vos valeurs traditionnelles. »

Tout cela venant de l’extérieur, sur un sujet capital, confirme l’excellence de la totalité des affirmations de la déclaration finale du VIIème congrès de l’Œuvre française, dont les travaux se sont tenus le 30 septembre et le 1er octobre de l’année écoulée; ainsi que de tous les vingt points de la Charte de Fontainebleau, qui lui est consécutive.

Nous vivons à une époque sans analogie avec d’autres périodes, mêmes récentes. Il est illusoire de penser et de dire, que l’on pourra s’en sortir avec les méthodes d’organisation et d’action, qui avaient cours avant-hier et même hier. Mais il faut penser et dire, que la condition préalable à toute délivrance, réside dans une connaissance claire de la situation, qui nous est imposée dans le présent. Cela inclut de ne faire aucune concession quant aux idées nationalistes, celles que nous défendons aujourd’hui et que nous avons défendues hier. Il n’est d’unité possible et de succès envisageables , qu’entre gens ne reniant rien, de ce que furent les pensées et les activités des hommes et des femmes fidèles aux mêmes valeurs, disons « Charlemagnistes », en France et en Europe.

Pour tout dire, il est bon de citer Antoine de Saint-Exupéry, qui fut membre du comité du « Rassemblement pour la révolution nationale » en 1941, et aussi membre du « Conseil national de l’État français » institué par le maréchal Pétain. Dans un passage de son ouvrage intitulé « Citadelle », il écrit: « Si chacun de nous prend conscience de son rôle, il se découvre plus qu’un serviteur, il est une sentinelle et chaque sentinelle est responsable de tout l’empire ». il ajoutait: « Quand nous prenons conscience de notre rôle, même le plus effacé, alors seulement nous serons heureux, alors seulement nous pourrons vivre et mourir en paix, car ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort. »

En ce début d’année, il se joue toujours, en la salle Richelieu de la « Comédie française », des représentations de l’un des chefs d’oeuvre de notre théâtre classique « Cinna ou la clémence d’Auguste » du poète dramatique Pierre Corneille, au sujet duquel l’empereur Napoléon 1er disait que s’il vivait encore, il le ferait prince. Le tragédien qui interprète le rôle de Cinna, à quatre reprises et en 123 vers du texte, prête sa voix à une défense brillante des
bienfaits de l’ordonnancement hiérarchique de la société et a contrario au rappel des vices inhérents à tout système démocratique avec ses artifices.

Écrite en 1642, l’année de la mort de Richelieu, sur des faits contemporains à la création de l’empire romain, il y a maintenant plus de deux mille ans, cette pièce reste une grande leçon de politique naturelle. Le metteur en scène, qui joue aussi le personnage de l’empereur Auguste, affirme dans le livret proposé aux spectateurs, que cette oeuvre de Corneille exprime « un effort violent et magnifique vers l’avenir ». La formule est belle, et elle doit pouvoir s’appliquer au déploiement de toutes nos énergies, pour rétablir les fonctions vitales du corps social français avec son esprit.

04 - Réanimer la conscience nationale (janvier 2001)