Ce texte, paru dans le tome I du Dictionnaire de la Politique française de Henry Coston, retrace l’histoire du journal et du Mouvement Jeune nation.

Mouvement nationaliste créé en 1954 par un groupe de jeunes hommes, dont Pierre, François, Jacques et Henri Sidos furent les animateurs jusqu’à sa dissolution forcée. Jeune nation fut de toutes les manifestations contre le régime, le communisme, le système capitaliste, pour la restauration de l’État et la défense de l’Afrique française.

Jeune nation "premières époque" était présent partout en France, grâce à l’action efficace de nombreux militants. Ventes à la criée du journal à Paris, Marseille et Alger (de gauche à droite).
Jeune nation « premières époque » était présent partout en France, grâce à l’action efficace de nombreux militants. Ventes à la criée du journal à Paris, Marseille et Alger (de gauche à droite).

Dès son premier congrès, tenu à Paris, le 11 novembre 1955 et placé sous le signe de la croix celtique, (cercle barré d’une croix, emblème national ayant figuré sur les pièces de monnaie, casques et enseignes des habitants de la Gaule), « symbole du soleil considéré comme source de la vie universelle », le Mouvement Jeune nation formulait ce qui serait la base de sa méthode et de sa doctrine : pas de référence au passé, le Mouvement ne voulant pas épouser les querelles partisanes, séquelles de la dernière guerre ; pas de référence, non plus, aux « personnalités », même si leur activité se situait dans un cadre national et, corollaire de ce principe, refus absolu d’une action parlementaire.

Sous le signe de la croix celtique

Un autre point qui mérite de retenir notre attention, autre règle de son action – et il ne se cachait aucunement d’avoir profité de l’exemple du Parti communiste : l’importance du rôle militant. Refusant d’être un parti de masse, alourdi et gêné par un effectif d’adhérents et de sympathisants fluctuant au gré de l’actualité, votant ou approuvant des motions sans lendemain, le Mouvement se voulait le rassemblement de militants constamment mobilisés au service de leur idéal. Hostile à l’ingérence étrangère, Jeune Nation combattait à la fois le PCF, considéré comme le représentant des Soviets en France, et les manifestations de « l’impérialisme américain ». D’où maintes bagarres avec les militants communistes et plusieurs manifestations devant l’ambassade des États-Unis à Paris, en particulier celle du 25 novembre 1957.

La notoriété du Mouvement était telle, au cours des années 1956-1958, qu’il fut porté à l’actif des Sidos et de leurs amis plus d’actions d’éclats qu’ils n’en firent effectivement. On les accusa même d’avoir fait exploser, le 6 février 1958, une bombe dans les WC du Palais-Bourbon. Tant et si bien que le gouvernement, inquiet du développement du Mouvement, signa à son encontre un décret de dissolution deux jours après, le 13 mai 1958. Plusieurs de ses membres, ayant fondé un Parti nationaliste, aussitôt interdit, furent inculpés pour reconstitution de ligue dissoute et atteinte a la sûreté intérieure de l’État. Ses dirigeants furent traduits en juin 1963 devant les tribunaux et condamnés à des peines diverses. Reprenant les thèmes principaux de Jeune nation, le nouveau parti se déclarait favorable au renversement de la République, à l’élimination des partis, à l’éviction des « métèques » des rouages de l’État, au châtiment des responsables de l’abandon, et partisan de la refonte de l’armée, de l’instauration d’un syndicalisme corporatif, de la mise au pas des féodaux de la finance, de la création d’un État nationaliste qui serait partie intégrante d’une nouvelle Europe dressée à la fois contre le matérialisme de Wall Street et contre le matérialisme de Moscou.

Visuel "vieille école" de Jeune nation.
Visuel « vieille école » de Jeune nation.

Le journal Jeune Nation

À partir du 5 juillet 1958, jour anniversaire de la prise d’Alger en 1830, le mouvement eut son journal Jeune nation, qui fut assez largement répandu dans les milieux nationalistes de la capitale, puis dans ceux de province et d’Algérie. Il succédait au Courrier d’informations, bulletin intérieur tiré au duplicateur paraissant entre 1955 et 1958.

Son directeur était Pierre Sidos, le leader du mouvement, qu’assistaient Dominique Venner, venu tard au mouvement, mais qui s’était fait très vite remarquer par son ardeur et sa détermination. Luis Daney, un juriste qui avait été officier en Algérie, Jean Malardier, militant déjà chevronné, Jacques Meyniel, agent de publicité et ancien d’Indochine et d’Algérie, F. Ferrand, un négociant parisien, Albert Malbrun, etc. Outre les éditoriaux de Pierre Sidos et les articles de son équipe, Jeune nation publiait des chroniques, des études, des interviews de personnalités de la presse et de la politique. C’est ainsi que parurent, de temps en temps, dans les colonnes du journal, les signatures des nationalistes Jacques Ploncard dAssac et Hubert Saint-Julien, des anticapitalistes Pierre Fontaine et Henry Coston, et celles des personnalités politiques et littéraires de tendance assez diverses : Pierre Hofstetter, Jean-André Faucher, Georges Robert, ancien délégué à la presse de Présence Française-Tunisie, Paul Ottaviani, leader national niçois, Saint- Paulien, l’auteur du Soleil des morts et des Maudits, le général Rime-Bruneau président de Présence Française-Tunisie, le Dr Gaston Thouvenot, militant nationaliste connu en Algérie, Stephen Hecquet, Jean-Louis Tixier-Vignancour, qui était le défenseur des militants de Jeune nation, et Pierre-Antoine Cousteau, qui avait promis une chronique régulière dans le journal lorsque la mort l’emporta.

Le temps de la clandestinité

Après la dissolution du Parti nationaliste et malgré les saisies nombreuses qui le frappaient à chaque numéro, ou presque, le journal Jeune nation avait poursuivi sa publication jusqu’en 1961, date à laquelle Pierre Sidos et son principal lieutenant Dominique Venner, étaient entrés dans la clandestinité […] Les autres administrateurs s’étaient désintéressés d’un journal mis depuis deux ans dans l’impossibilité pratique de paraître ; ils suivaient déjà avec sympathie les efforts de Dominique Venner, libéré six mois auparavant et qui venait de fonder une nouvelle société Les Éditions Saint-Just. L’attraction exercée par Jeune nation sur la jeunesse française fut si grande, que plusieurs formations ou périodiques, sans être organiquement sortis du mouvement ou du journal, sont en quelque sorte ses héritiers directs. C’est notamment le cas du journal Le Soleil1, de Pierre Sidos, de la revue Europe-Action, et du Mouvement nationaliste et du progrès, de Dominique Venner, de la Fédération des étudiants nationalistes, du mouvement Occident et d’une multitude de groupes et de feuilles provinciales qui ont existé au cours des années 1962-1965.

Henry Coston.

L'un des derniers numéros de Jeune nation deuxième époque avant le passage au format internet (1998)
L’un des derniers numéros de Jeune nation deuxième époque avant le passage au format internet (1998)

(Addenda)

Aujourd’hui

Trente ans après la fin du journal Jeune nation pour cause de clandestinité, le journal est reparu en novembre 1993 sous format papier sous la direction d’Yvan Benedetti. À la tête d’une nouvelle équipe, ce dernier en est resté le directeur jusqu’à nos jour, après avoir, dès la fin des années 1990, doté le journal d’un site et adopté rapidement un format électronique, dont le site http://jeune-nation.com est aujourd’hui le successeur.

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Source

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1 Sous le coup d’une triple interdiction administrative et d’une forte amende pénale, le journal Le Soleil a depuis cessé de paraître.