Les 28, 29, 30 octobre 1922, avait lieu la Marche sur Rome par les « chemises noires » fascistes et la prise du pouvoir par Mussolini.

          Au cours d’un temps limité à une vingtaine d’années, dans la première moitié du vingtième siècle, le fascisme en général, avec des variantes de dénominations et d’interprétations qui différaient de l’original mussolinien, de par ses aspirations et ses réalisations, fut un socialisme débarrassé des tares incohérentes à la démocratie courante : l’incroyance, l’hypocrisie, la laideur.

          Ce fascisme-là, associant le social et le national, conciliant l’État et la Religion, alliant la politique et l’esthétique, fut un mouvement de grande envergure qui, à la suite de ceux des anciens combattants rescapés des tueries de la Grande Guerre s’estimant victimes d’humiliations ou d’ingratitudes, rassembla une nombreuse jeunesse d’accord pour répudier la loi du Nombre, le règne de l’Argent, l’idéologie du Progrès ; avec en renfort le soutien de beaucoup de représentants d’une classe moyenne laborieuse, qui aspirait à un retour à l’ordre et à l’autorité.

          En son temps, le fascisme était donc une conception sociale hiérarchique, favorable à l’enracinement et à l’unanimité, hostile à la subversion et à l’inversion. Il visait à établir une forme de gouvernement sans précédent, bien qu’étant au fond l’expression renouvelée d’un pouvoir temporel chrétien non clérical. À priori le style de vie fasciste requérait de la part de ses adeptes un grand dévouement, une parfaite probité, une indiscutable compétence, en plus d’un ardent patriotisme.

          Le fascisme apparaît, au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans une Europe bouleversée par une grave crise économique et menacée par la contagion de la révolution bolchévique triomphante en Russie. Le but final avoué de celle-ci étant d’aboutir à l’avènement d’une société collectiviste, sans patrie et sans Dieu, dans le monde entier. Nulle part le danger ne sera aussi immédiat qu’en Italie, où lui sera porté un premier coup d’arrêt grâce aux Fasci italiani di combattimento groupés autour de Benito Mussolini.

          Le terme de fascisme vient du mot italien fascio, au pluriel fasci, signifiant faisceau. Il a pour origine la désignation que donnèrent en 1893 des groupements d’ouvriers agricoles et d’ouvriers mineurs en Sicile qui firent grève pour cause d’insuffisance de salaires et d’abus du travail des enfants dans les mines. C’est en 1915 que Mussolini, partisan de l’intervention de Italie dans la guerre aux côtés de la France, crée les Faisceaux d’action révolutionnaire, dont il transforma le titre en 1919, en prenant pour emblème une représentation  des faisceaux consulaires de la Rome ancienne, qui était alors l’insigne du pouvoir officiel que portaient des officiers nommés licteurs. Dans l’histoire de France cet attribut a été fréquemment employé comme motif décoratif dans les trophées héroïques du style Louis XIV, et surtout pendant la période de la Révolution, jusqu’au Consulat de Bonaparte.

          Pour bien comprendre l’époque contemporaine, il est indispensable de saisir que le fascisme doit être perçu comme n’étant plus un phénomène strictement italien, dès lors que de tous ses ennemis le principal était le communisme international, autrement dit le socialisme marxiste, le bolchevisme. Aussi en vient-on à considérer que sa chute, due en grande partie au degré de puissance matérielle de la coalition antifasciste des démocraties libérales et de l’Union soviétique dirigée par Staline, a occasionné une régression incontestable de la civilisation européenne et de la chrétienté universelle.

          Dans un monde dominé par la cupidité, l’ignorance et la haine, il serait vain, voire inopportun, de se réclamer en direct seulement d’une filiation historique fasciste. Il reste dans chaque pays, en premier lieu la France, de mettre en avant La Défense et l’illustration d’un nationalisme d’appellation d’origine contrôlée, intelligent et civilisé. Désormais, c’est le seul chemin qui mène à Rome, dans la mesure du possible.

Article rédigé par Pierre Sidos, paru dans le quotidien Présent daté du 25 octobre 2002.

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