La comédie de Valmy, d’hier à aujourd’hui

Le choix du symbole de Valmy, concrétise sur place et à la date d’anniversaire, afin de marquer le lancement d’une campagne d’opinion nationale, en vue de l’élection présidentielle fixée en avril-mai 2007, est pour des nationalistes français absolument contestable par rapport à la vérité historique et à la cohérence politique.

Toutefois, il faudra attendre pour voir si ce coup médiatique singulier sera bénéfique ou non à l’obtention du nombre nécessaire de parrainages; et si par la suite cette démarche contrevenant à une image consacrée, aura des retombées négatives ou pas. Des réserves se sont déjà fait entendre, déplorant l’altération apparente d’une ligne générale antérieure. À notre avis, faire appel au mythe de Valmy, avec tout ce qu’il représente, c’est dans l’instant composer avec l’erreur, que ce soit par calcul ou par ignorance.

Car il n’est besoin que de s’en rapporter au déroulement véritable de ladite bataille ou victoire de Valmy, du 20 septembre 1792, dont le lieu se situe à deux cents kilomètres de Paris, à proximité d’un moulin à vent (réédifié en 1924, puis reconstruit en 1939), pour savoir qu’elle se résume à une canonnade très peu meurtrière, suivi d’un retrait inextricable de la puissante armée des Coalisés commandée par le duc de Brunswick; alors que lui faisaient face de vieilles troupes de la monarchie française, accompagnées de bataillons de volontaires, soit un ensemble assez hétéroclite, ayant à sa tête le général Dumouriez.

Une tractation occulte, comportant compensation matérielle, rendue sans doute possible par l’appartenance commune des deux protagonistes a la même société secrète, est la raison première que retiennent des historiens soucieux d’éclaircir le motif réel d’une dérobade militaire non stratégique, incompréhensible autrement.

Toujours est-il que cette victoire, par défaut sur le terrain, eut dès le lendemain dans la Capitale des conséquences considérables, avec l’abolition de la royauté ancestrale et la proclamation d’une république à prétention cosmopolite, porteuse d’idées les plus subversives, capable de les imposer au imposer au moyen de la Terreur, pour aboutir à un bouleversement profond de l’ordre naturel des choses.

Goethe, certes le plus grand poète de l’Allemagne moderne, mais aussi un homme politique, dans son livre intitulé « La Campagne de France », dont il publia une relation a trente ans de là, aurait compris le soir même l’importance de cette journée, si l’on croit son récit. En effet, il révèle que: « De ce lieu et de ce jour date une ère nouvelle dans l’histoire du monde. » Or, si rien ne vient attester le caractère divinatoire de cette transcription tardive d’une réflexion personnelle, elle est cependant cité à l’appui de la fable de Valmy.

Quant à Kellermann, capitaine sous Louis XV et général en 1788 sous Louis XVI, maréchal en 1804 sous l’Empire — bien qu’en fin de carrière active depuis 1797 –, il se rallia aux Bourbons lors de la Restauration de 1814. Malgré le titre de duc de Valmy que lui décerna Napoléon 1er en 1808, seize ans après sa participation à la fameuse canonnade sous les ordres de Dumouriez, il est certifié que le plus célèbre homme de guerre de l’histoire a donné par ailleurs une opinion significative sur l’intéressé et sur la bataille elle-même.

Ainsi, tout ce qui concerne Valmy est mensonger ou sujet à caution, y compris l’usage à cette occasion de mots familiers du vocabulaire comme nation et patriote, lesquels dans le langage révolutionnaire de l’époque n’ont pas le même sens qu’en langue française courante.

Voilà pourquoi il importe que toute manifestation d’un patriotisme authentique ne puisse se concevoir qu’en référence à un passé national débarrassé des mensonges historiques, qui ont fait tant de mal à la France. Dans le cas de Valmy, en histoire comme en géographie, on peut dire que ce n’est pas tellement éloigné de Colombey-les-Deux-Églises.

Tout héritage implique l’établissement d’un inventaire sincère. Ce qui est obligatoire pour la transmission de biens matériels doit l’être encore plus dans la communication de souvenirs, qui appartiennent au domaine de l’esprit. Pour maintenir une communion de pensée et d’action, il est donc indispensable à la survie du patrimoine héréditaire de refuser d’une façon catégorique les mauvais exemples, les interprétations malhonnêtes, les falsifications mémorielles. Bien s’entendre sur hier, c’est une garantie pour mieux s’accorder aujourd’hui, et rester à l’unisson demain.

Et sans chercher à prévoir l’avenir, il faut œuvrer avec méthode pour le rendre possible, selon nos vœux les plus chers.

Rédigé par Pierre Sidos, en septembre 2006.