Pour un panégyrique du bon juge Grellier :

Se faire un nom pour la postérité : il y a plusieurs manières de s’y efforcer. Par exemple, devenir le symbole d’une époque ou d’un trait dominant de cette époque. Le bon juge Grellier est en train de devenir la figure symbolique du pouvoir judiciaire de l’État socialiste, tel qu’il est devenu en la basse époque de la sixième année décadente du règne Mitterand.

Le bon juge Grellier vient encore de prononcer une lourde condamnation pour un délit de presse : cette fois contre Pierre Sidos et son journal Le Soleil, coupables d’avoir mal parlé de l' »holocauste », astreint à verser 82 000 francs au total (8 millions de centimes). Le Soleil est un journal modeste, sans grands moyens financiers. La famille Sidos est sans fortune. La condamnation s’est voulue écrasante : elle l’est.

On se souvient que Pierre Sidos a eu deux frères tués à l’ennemi : l’un en 1940 contre l’invasion allemande, l’autre dans la guerre d’Algérie. Leur père a été tué à la libération par l’épuration communiste.

La personnalité du bon juge Grellier s’impose de plus en plus à l’attention publique. Un groupe de travail réunissant poètes et prosateurs, historiographes et mémorialistes, juristes et psychiatres, a été institué par Présent pour composer et tenir à jour le panégyrique de ses exploits passés, présents et futurs, a l’intention justement de la postérité. Et a l’intention aussi de la roue. Celle qui tourne. Celle que dit Pagnol : « Le temps fait tourner la roue de la vie comme l’eau celle des moulins ».

H.H.

Présent, samedi 22, dimanche 23 décembre 1990. Numéro 2225, page 2.

Pour un panégyrique du bon juge Grellier