Pierre Sidos, notre Saint-Louis :

     À « Ciel mon mardi », la décapante émission de TF1, débat sur l’extrême droite. En direct, un jeune juif administra une belle paire de gifles à Oliver Mathieu – ciel mon nazi – qui venait de proclamer « les chambres à gaz, c’est du bidon » et proposait une minute de silence à la mémoire « des 14 millions d’Allemands tués et déportés pendant la guerre ». À la question « êtes vous antisémite ? » posée par l’animateur Christophe Dechavanne, Pierre Sidos, dirigeant de « l’Œuvre française », de la droite la plus extrême, répondit : « Ni plus ni moins que Saint-Louis ». Interloqués, les interlocuteurs de Pierre Sidos ne relevèrent pas le brutal aveu. Sanctifié par le pape Boniface VII, Louis IX fut en effet le plus furieux des antisémites.

La rouelle

     Ou plutôt le plus obstinés des antijudaïques. Pourtant, Saint-Louis ne désirait pas la mort des juifs qu’il haïssait, leur conversion et leur pénitence d’avoir tué Jésus lui aurait suffi. Pour les « conversi », le roi avait mille bontés, les récompensant et les logeant superbement.
Lors d’un retour de croisade, Saint-Louis fut frappé par la peste à Carthage. Il avait cinquante-six ans. À l’âge de douze ans, en 1226, il était devenu Rou et sa mère, Blanche de Castille, pieuse et rigoriste, s’était vu confier la régence. C’est animé d’une foi ardente que le roi eut recours à l’Inquisition pour réduire l’hérésie cathare. Il tempêta contre les magiciens et les blasphémateurs qui devaient être condamnés à avoir « la langue percée d’un feu chaud ».
Par l’ordonnance de Melun en 1230, il interdit aux juifs le prêt à intérêt. Sur son ordre, le sénéchal de Carcassonne fit emprisonner des juifs  et ne les libéraux qu’après versement d’une rançon destinée au trésor royal.  À Béziers, on leur défendit de vendre au marché la viande de bêtes abattues.
L’idée de faire porter aux juifs la rouelle d’infamie et de les obliger à écouter des sermons chrétiens lui fut prodiguée par l’apostat Pablo Christiani.

Les livres brûlés

     La grande affaire fût le brûlement du Talmud sur les rives de la Seine. Se méfiant d’un prosélytisme juif, le pape Grégoire IX exigea du Portugal et de la France de jeter un œil inquisiteur sur le Talmud. Saint-Louis organisa, c’était la mode, une disputation présidée par Blanche de Castille.
Le représentant des juifs fut rabbi Yehiel ben Joseph de Paris, polémiste redoutable. Le représentant de l’église fut un ancien élève du rabbi Yehiel, l’apostat Nicolas Donin de Montpellier qui proclama que le Talmud était une machine de guerre contre Jésus et la vierge Marie.
Au milieu des débats, l’archevêque de Sens, Gautier Cornut, qui avait pris la défense des juifs, fut foudroyé devant le roi. On n’avait pas besoin de ce signe pour rendre la sentence préméditée, la condamnation des juifs. Une journée d’été de 1242, vingt-quatre charretées de traités traversèrent Paris précédés par des prélats graves et purificateurs.
À son chroniqueur Joinville, le roi de France ne céla rien de sa pensée. Les discours des juifs étaient pervers et dangereux. Mieux valait leur enfoncer un couteau dans le ventre que de discuter avec eux.
Rabbi Yehiel continua cependant son enseignement ; sans ses livres. Vers 1265, avec nombres d’autres rabbins, il émigra en Palestine pour y fonder une nouvelle yeshiva.
À un moment, Saint-Louis fut tenté d’expulser les juifs de France. Blanche de Castillze, croit-on, le lui déconseilla. Un autre chroniqueur, Mathieu de Paris, nota : « Voyez comme le roi de France vous persécute et vous hait ».

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     Reste le principe d’un débat sur le révisionnisme. Il ne se justifie guère. Sauf si l’on croit que la négation de la Shoah, le racisme sont des idées comme d’autres, tout à fait dignes de pimenter la conversation.

H.S.

Tribune juive, hebdomadaire n1103, du 16 au 22 février 1990.

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