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Le sang d’un poète

Les derniers coups de feu continuent de briller,
Dans les jours indistinct ou sont tombés les nôtres.
Sur onze ans de retard, serai-je donc des vôtres ?
Je pense a vous, ce soir, ô morts de Février.
Robert Brasillach, février 45.

Il y a quatorze ans, le 6 février 1945, Robert Brasillach, écrivain français et poète nationaliste, le meilleur talent de la jeune génération des lettres françaises, était fusillé au Fort de Montrouge près de Paris. D’une voix forte il avait crié au peloton : « Courage » et les yeux levés : « Vive la France ».
Il avait été condamnée à mort le 19 janvier, à l’âge de trente-cinq ans, par un tribunal d’exception aux ordres d’un « régime d’abattoir » pour reprendre le mot qui fut utilisé à cette époque par le R.P. Panici au cours d’un sermon a Notre-Dame de Paris.
Rappelons que le régime qualifiée ainsi était présidé par Charles De Gaulle auquel appartenait souverainement le droit de grâce.
Lui rappelant que le Lieutenant Brasillach, père de Robert Brasillach, était mort pour la Patrie le 13 novembre 1914 dans la plaine de Khénifra au Maroc et qu’une rue de Port-Lyautey porte le nom de ce héros, de nombreux écrivains, savants, artistes, musiciens, universitaires auraient formulé un recours en grâce auprès du chef du gouvernement provisoire de la république et Charles De Gaulle aurait répondu quelque chose comme : « Je vous ai compris ». À François Mauriac intervenant lui-même pour obtenir une mesure de clémence en faveur de l’ancien rédacteur en chef de « Je suis partout », Charles De Gaulle avait répondu : « Mais non ! On ne fusillera pas Brasillach ».
Quelques jours plus tard, Charles De Gaulle faisait tomber l’écrivain nationaliste sous des balles françaises. Avec autant de duplicité il réservait ses faveurs gracieuses pour plus tard et pour d’autres.
Plus tard, c’est maintenant ; les autres s’appellent Messali Hadj, Ben Bella.

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Nul n’ignore plus en France et à l’étranger que depuis 1945 – l’année de la mort de Rober Brasillach – il existe de fait une connivence d’esprit entre ceux qui nous dirigent. L’idéologie officielle, la doctrine d’État en quelque sorte, la ligne directrice de tous les gouvernements de la IVe république de 1945 à 1958, de De Gaulle à De Gaulle pour appeler les dates par leurs noms, c’est le « résistantiamisme » ou « philosophie de la rébellion » en application de laquelle, a l’intérieur comme à l’extérieur, ceux qui se meuvent contre le destin de la Patrie française ont toujours raison et les Français soucieux de l’Intérêt national toujours tort. La logique infernale de cette rencontre d’un pseudo-patriotisme et d’un humanitarisme de bas étage conduit tout naturellement son grandissime pontife à gracier Thorez, député communiste, condamné pour désertion a l’ennemi en septembre 1939, à se taire au moment de Dien-Bien-Phu, de Genève, de Carthage et de la Celle-Saint-Cloud, à déplorer publiquement le récent échec électoral de Mendès-France, à recevoir le Grand Collier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur des mains de Catroux, vomi par toute l’Algerie française, et à installer l’ancien secrétaire de cellule communiste Messali Hadj à Chantilly, ville dans laquelle le grand quartier général de l’Armée française a été établi d’octobre 1914 à janvier 1917, pour finir par envoyer – en attendant mieux – le voleur de la poste centrale d’Oran, Ben Bella, à l’île d’Aix où l’empereur Napoléon 1er a passé ses trois ultimes journées sur la terre de France, du 12 au 15 juillet 1815.

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Citant le poète assassiné Robert Brasillach, Maurice Clavel écrivait en juin 1957 : « …J’ai essayé de le descendre d’une fenêtre de l’École Normale Supérieure : l’arme trop vieille, s’est enrayée ».
Par contre, le même Clavel, communiste, mendésiste, gaulliste, messaliste et chroniqueur à la radio gouvernementale, ne s’est plus senti d’aise en apprenant les mesures favorisant les fellagha de marque. Cela situe bien les positions.
Nous avons entrepris une révolution contre le mensonge. Dans ce combat nous ne serons jamais du côté des assassins. M. Clavel, essayez de vous rappeler la célèbre et tumultueuse séance du 9 thermidor au cours de laquelle un conventionnel lança à Robespierre qui commençait à bafouiller : « C’est le sang de Danton qui t’étouffe ! » On assure que l’actuel président de la république souffre de la vue. Ne serait-ce pas le sang de Robert Brasillach qui l’aveugle ?

Pierre Sidos (extrait de « Jeune nation », numéro 14, de février 1959).