Enquête sur l’avenir du mouvement national : entretien avec Pierre Sidos (propos recueillis par Jérôme Bourbon). Textes complets dans le Rivarol du 2 novembre 2007.

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Rivarol : En quoi les conditions de l’action politique ont-elles changé depuis un demi-siècle ? En quoi sont-elles aujourd’hui rendues plus difficiles ?

Pierre Sidos : La société s’est davantage transformée ces cinquante dernières années qu’au cours des siècles précédents. Les structures sur lesquelles s’appuyaient les mouvements nationaux et nationalistes ont été minées de l’intérieur et ont subi des dommages considérables. C’est vrai de l’armée, de la famille, des corps intermédiaires, de l’Eglise[…]

Par ailleurs, nous vivons l’époque d’une crise de l’engagement sous toutes ses formes. C’est vrai du mariage qui est en chute libre tandis que progressent les unions précaires, voire contre nature. C’est vrai de l’engagement religieux et à cet égard l’on ne dira jamais assez le mal qu’a fait et que continue à faire Vatican II. C’est vrai enfin de l’engagement politique[…]

La police de la pensée se renforce chaque jour et le vote de lois liberticides, Pleven (1972), Gayssot (1990), Lellouche (2003), Perben (2004), expose les militants nationalistes à des poursuites judiciaires dès qu’ils s’expriment sur des sujets tabous. Nous ne pourrions plus aujourd’hui rééditer certaines affiches ou reprendre certains slogans de l’OEuvre sans risquer aussitôt la comparution en correctionnelle !

Rivarol : Quelle est sa spécificité de l’Œuvre française par rapport aux autres groupements nationaux ?

Pierre Sidos : L’Œuvre française se présente comme une institution, ayant comme objectif l’enseignement de l’histoire, la promotion du patriotisme et la défense de la langue, en vue du recouvrement par les Français d’un Etat national de nouveau indépendant vis-à-vis de l’extérieur et impartial à l’intérieur. Son nom est la traduction même de l’expression « opus francigenum » attribué au Moyen Age à l’art des bâtisseurs de cathédrales. Son emblème est le soleil, représenté par une croix celtique stylisée. Grâce à la réalisation acquise en son sein, depuis près de quarante ans, d’une triple unité de doctrine, de direction, de méthode, elle offre la garantie d’une construction stable, destinée à durer […]

Pour parvenir à une cohésion doctrinale optimum, il est recommandé à chacun de prendre connaissance des principaux écrits provenant d’Alexis Carrel (L’Homme cet inconnu), de Jacques Ploncard d’Assac (Doctrines du nationalisme), d’Henry Coston (Les Financiers qui mènent le monde), de Maurice Bardèche (Sparte et les Sudistes) qui sont les quatre « évangélistes » de la nouvelle alliance nationaliste, dont le précurseur est Maurice Barrès […]

Rivarol : Quel est votre jugement sur trente-cinq ans de Front national, votre combat ayant été parallèle à celui de Jean-Marie Le Pen ?

Pierre Sidos : J’ai beaucoup de considération pour Jean-Marie Le Pen, pour sa ténacité, son bon sens, son courage. Le Front national a permis de donner une expression politique de grande ampleur au sentiment national et aux idées nationales, ce qui a été une excellente chose.
Si j’avais un jugement plus réservé à émettre sur ce bilan, c’est sans doute un certain déficit du Front sur le plan de la doctrine et de la vertu.

Rivarol : Pour que notre famille de pensée puisse espérer un jour renouer avec le succès, à quelles erreurs doit-elle renoncer et sur quels fondements doit-elle faire reposer son action, sa doctrine et son mode d’organisation ?

Pierre Sidos : Notre famille politique doit faire primer le souci du bien commun sur les intérêts catégoriels ou particuliers. On doit être nationaliste et non lepéniste, mégrétiste ou untel-iste. Ce qui doit nous unir, c’est d’abord et avant tout une doctrine politique, un idéal.

Rivarol : Par quels moyens (re)conquérir les esprits, les intelligences et les cœurs ? La presse nationale n’a-t-elle pas aussi son rôle à jouer ?

Pierre Sidos : Pour un nationaliste conscient et organisé, la seule solution aujourd’hui consiste à réanimer la conscience nationale en nous, entre nous, autour de nous, selon un plan établi d’élévation des âmes, de conquête des esprits, de coordination des volontés, dans la discrétion et l’efficacité[…]

Sachons distinguer les lueurs du réveil des nations, en continuant de porter et à transmettre le flambeau d’un nationalisme d’espérance, marqué par la générosité, la vérité et l’amitié.

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