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Ce ne sont ni les électeurs ni les élus qui sauveront la France. Il faut une révolution.
– Selon le journal égyptien Al Ahram le gouvernement De Gaulle a ouvert un crédit de 6 milliards de francs à Nasser pour l’achat de marchandises françaises au taux officiel de 1.000 francs la livre égyptienne.
 
– Le gouvernement De Gaulle a donné son accord au gouvernement des États-Unis pour que ce dernier envoie à la Tunisie de Bourguiba des armes destinées à l’équipement de 2.400 hommes environ.
 
– Sur proposition personnelle de De Gaulle, le gouvernement a décidé d’élever François Mauriac la dignité de Grand-croix de la Légion d’Honneur.
 
– D’après Henry Néel du Figaro, dans la circonscription de Louviers le découpage comble les vœux de Mendès-France, ce qui fait dire à Évreux que l’on a été magnanime à Matignon.
 
– Dans la Nièvre, François Mittérand remercie le général De Gaulle de l’avoir favorisé en rectifiant lui-même le tracé des circonscriptions.
 
– A la commission sociale des Nations Unies, à New York, la politique française de l’Afrique du Nord a été condamnée par 57 voix contre 2 (la nôtre et celle de l’Afrique du Sud : le pays d’Afrique le plus décrié par la presse du régime). Les États-Unis ayant voté contre nous pendant qu’Israël s’abstenait.
 
– La première de toutes les nations occidentales, l’Angleterre a reconnu officiellement la Guinée de Sékou Touré.
 
– A la Semaine des Intellectuels Catholiques, à Paris, les orateurs mettent violemment en cause l’œuvre française dans les territoires d’Outre-mer.
 
Ces nouvelles toutes récentes n’ont pas empêché M. Edmond Michelet, présidant à Haudroy (Aisne) les cérémonies commémorant l’Armistice de 1918 de déclarer : «Le général De Gaulle est la France et la France ne peut se concevoir sans lui.», et de conclure «…nous pourrons demain comme aujourd’hui continuer à dire : la victoire en chantant nous ouvre la barrière.»

Avant la levée du rideau sur la prochaine législature il serait vain d’ajouter à beaucoup d’autres illusions celle de croire qu’un changement profitable à la Nation peut sortir des urnes électorales.

Quelle que soit la composition de la future Assemblée, nous savons par avance que les élus joueront à cache-cache avec leurs opinions et leurs responsabilités, et que les procédés d’expédient auxquels auront recours les gouvernants de la cinquième république pour tenter de masquer l’impuissance du régime, se révéleront tout aussi inutiles que les paragraphes de la Constitution adoptée le 28 septembre dans la plus détestable des confusions.

Si l’on considère, a juste titre, que ce ne sont ni les électeurs – en tant que tels – ni les élus, qui sauveront la France, et que rien ne pourra vraiment s’accomplir dans notre Pays, tant que la volonté nationale sera soumise a de véritables simagrées et pas du tout exprimées comme il faut, il est absolument nécessaire de se situer à l’extrême opposition au système politique actuel, en dehors des modalités et des surenchères électorales, au delà de résultats incertains ou faussés, à l’écart de pratiques qui sont la tare de la démocratie parlementaire mais aussi sa sauvegarde.

En ce cas, pour marquer son hostilité au régime ou peut tout aussi bien s’abstenir que voter «blanc» en déposant une enveloppe vide dans l’urne électorale.

Ce n’est pas Monsieur et Madame De Gaulle s’étant abstenus lors des élections législatives du 2 janvier 1956, ni le comte de Paris en ayant fait autant, malgré une opinion exprimée précisément, le 28 septembre dernier, qui oseront dire le contraire.

Pour ce qui est de l’argument classique selon lequel «s’abstenir c’est voter communiste» ; il se heurte à l’évidence de la présence dans la précédente Assemblée de 150 députés communistes au lieu d’une centaine auparavant, alors que la participation électorale était considérée comme la plus forte enregistrée jusqu’à ce jour là.

C’est parce que nous voyons dans les institutions parlementaires la cause majeure de la décadence de la France, que nous tenons à mettre au premier plan l’antagonisme existant entre nous les «sois-disant nationaux» qui essaient par le biais des espoirs électoraux de détourner les meilleurs Français du combat révolutionnaire nationaliste et de les entraîner à la soumission vis-à-vis du régime et de son parlement. Ayant comprit que le salut de notre Nation ne peut être obtenu qu’en dehors de la voie parlementaire il ne nous est pas possible d’agir comme tout le monde, de faire des promesses, de piper des voies, de se parer des vêtements du réalisme tout en sachant très bien que lorsqu’on rentre tant sois peu dans le «système» on n’en sort plus.

Ce qui fait qu’une prise de position aussi catégorique que la nôtre acquiert une importance considérable, c’est qu’elle se situe au milieu d’une Nation fatiguée par des années et des années de pratique parlementaire, qui depuis trop longtemps supporte des difficultés exceptionnelles et des guerres sans fin, précisément à un moment où des gens comme De Gaulle viennent leur parler de paix et qu’alors selon le mot de Louis Jouvet à la veille de la déclaration de la seconde guerre mondiale, elle considère qu’un peu de paix c’est toujours bon à prendre. On ne lui explique pas que c’est un maillon de plus à la servitude qui se forge pour elle et par conséquent c’est d’abord un travail d’information que nous devons faire.

Quant aux résignés qui pensent que leur devoir est tout de même de faire un choix en fonction d’une nécessité locale ou d’une sympathie personnelle, ils doivent bien se convaincre qu’il ne s’agit pas là d’un exploit pouvant leur donner le droit de critiquer par ailleurs ceux qui de décident à ne pas se soumettre au rite d’une religion politique dont ils rejettent les faux dogmes.

Si certains de nos compatriotes ne nous comprennent pas actuellement bois devons aller à eux et leur expliquer encore plus complètement ce que nous sommes et ce que nous voulons faire.

Notre Nation a fait l’expérience en vingt ans d’une révolution sans révolutionnaires en 1940, d’une libération sans libérateurs réels en 1944, d’une rénovation sans rénovateurs en 1958, et il faut bien admettre que ceux qui ne sont pas comme nous animés d’une foi nationaliste sont à moitié compréhensibles de se laissée aller au désenchantement et à la fatigue. A la seconde Révolution française il faut des révolutionnaires.

Notre but est de faire en sorte que dans nos mairies et sur nos bâtiments ce ne soit plus du tout la statue hideuse d’une «gueuse» croulante qui représente la France, mais exclusivement le drapeau tricolore de nos certitudes nationales et la croix celtique de nos espérances sociales.

Pierre Sidos – Jeune nation, n°10, du 13 novembre au 26 novembre 1958. Bimensuel nationaliste d’information.

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